Nous allons sortir le temps de cet article de toute logique marketing destinée à promouvoir une marque, un produit ou une cause, pour nous concentrer sur un exercice à vocation artistique qui a beaucoup fait parler chez nos amis québecois. De par sa mise en scène grandeur nature et le buzz qu'il a suscité, j'ai eu envie aujourd'hui de vous parler de ce très joli projet.
Depuis quelques décennies, l'espace urbain s'est peu à peu muté en un milieu extrêmement chargé, bourré d'informations hétéroclites ayant complétement envahies nos rues. Sur-consommation, sur-information... en conséquence, on assiste à une véritable omniprésence des affiches publicitaires et autres billboards à caractère commercial dans notre environnement quotidien. Nous avons déjà vu dans plusieurs articles de ce blog que certaines campagnes d'affichage pouvaient être esthétiques et très bien pensées, mais la grande majorité d'entre elles est au contraire bien souvent sans grande qualité visuelle et peut parfois amener à dénaturer l'emplacement choisi. Mais ne blâmons pas non plus entièrement la publicité, elle n'est pas la seule cause de "déshumanisation" de notre environnement citadin. L'utilisation de chaque m² doit aujourd'hui être optimisée au maximum : buildings, parkings... tout est fait pour maximiser le potentiel économique des surfaces urbaines utilisables ; mais qu'en est-il au final de notre qualité de vie ? Face à toute cette surexposition d'informations, de béton et autres matériaux antagonistes du "naturel", un nouveau courant se développe depuis ces dernières années : il s'agit d'une véritable volonté de réappropriation de l'espace urbain par la population. Se réapproprier les villes c'est tout simplement rendre à notre environnement urbain un aspect plus humain, plus convivial, bref, plus agréable au quotidien. De la verdure, des espaces aérés moins suffocants, le recours à des matériaux naturels tels que le bois pour les constructions diverses, des aménagements plus gracieux... les solutions pour rendre nos villes plus respirables sont nombreuses et ont le vent en poupe.
En avril dernier dans le cadre d'un projet de réappropriation de l'espace urbain, deux artistes designers canadiennes, Mouna Andraos et Melissa Mongiat, ont eu l'idée d'inviter les habitants de Montréal de tous âges à revivre ce joli moment d'enfance qu'est l'utilisation d'une balançoire. A la frontière entre jeu, mobilier urbain, création musicale et expérience coopérative, l'opération a été baptisée "21 balançoires". Et pourquoi la balançoire ? Car selon les deux designers elle correspond à une manière pacifique de s'approprier l'espace
public, elle est une invitation universelle à jouir de biens communs.
Mais en quoi consiste ce projet vous demandez-vous ? Alors, "21 balançoires" c'est un projet constitué de 21 balançoires installées en plein Montréal... (logique jusque là) Mais c'est surtout bien plus qu'un simple espace de jeux à disposition des badauds puisqu'il s'agit d'un véritable appel à la création musicale et à la coopération adressé à tous, sans distinction d'âge, d'origine, de milieu social, ou même de compétences en musique.
L'idée : inviter les gens à participer à la composition d'une musique d'inspiration classique grâce à l'utilisation d'une dizaine de balançoires...
L'idée : inviter les gens à participer à la composition d'une musique d'inspiration classique grâce à l'utilisation d'une dizaine de balançoires...
Une multitude de mélodies peuvent alors être créées : à chaque balançoire a été attribué un son d'instrument, et selon la puissance du balancement les notes jouées sont là encore différentes. La coopération entre amis et/ou inconnus est par ailleurs vivement encouragée puisque certains sons ne peuvent être obtenus qu'en s'accordant à plusieurs. Pour la création d'une musique harmonieuse, il faut apprendre à s'écouter les uns les autres et à communiquer.
Pour un effet encore plus visuel et percutant, un système de lumières LED a été intégré aux sièges, ce qui n'a pas manqué de donner à l'installation une ambiance encore plus poétique et envoutante de nuit.
L'exercice a été installé sur la Promenade des Artistes, une place particulièrement passante de Montréal sur laquelle trônent onze structures appelées "vitrines événements", sortes d'arches de couleur blanche destinées à accueillir des événements temporaires et œuvres d'art éphémères, et servant en l'occurrence pour ce projet de structure aux balançoires. Cet emplacement est d'autant plus stratégique qu'il a d'ailleurs pendant longtemps été nommé par les Montréalais le "chantier des spectacles", un nom prédestiné à accueillir des opérations artistiques et originales !
On assiste donc ici à une opération non-commerciale pleine de poésie qui a su créer une très grande animation autour de cette place québecoise. Outre son univers ludique et enfantin fort appréciable, sa valeur ajoutée réside également dans le fait qu'elle prône des valeurs fortes telles que la convivialité, l'amusement, la coopération et la communication pour parvenir à produire à plusieurs un résultat positif et agréable... Elle est un très joli exemple démontrant qu'il est possible de contrer l'individualisme grandissant de nos sociétés occidentales par des concepts, pourtant simples à la base, mais finalement terriblement ingénieux invitant les individus à s'ouvrir aux autres.
Une initiation également très ludique à la découverte de l'art qui peut être perçue telle une réelle expérience sociétale, les deux designers ayant voulu démontrer ici comment un groupe d'individus peut travailler ensemble pour créer quelque chose de plus grand que s'ils travaillaient individuellement, la musique étant alors le fruit de cette coopération.
A en juger par les photos d'illustration, cette opération nous démontre en tout cas que la musique et le rire sont bel et bien un langage universel. Et je parie que tous les grands enfants qui liront cet article espèreront à présent tout comme moi voir débarquer ce type de projet coopératif plus couramment en France afin que nous puissions (au nom de l'art bien évidemment !) renouer avec l'une de nos activités préférées d'enfance !
A en juger par les photos d'illustration, cette opération nous démontre en tout cas que la musique et le rire sont bel et bien un langage universel. Et je parie que tous les grands enfants qui liront cet article espèreront à présent tout comme moi voir débarquer ce type de projet coopératif plus couramment en France afin que nous puissions (au nom de l'art bien évidemment !) renouer avec l'une de nos activités préférées d'enfance !
Sources :
Et si de nos problèmes quotidiens, on s'en balançait ? - Je Dblogk
21 balançoires musicales d'Andraos et Mongiat sur la Promenade des Artistes - Quartier des spectacles, Montréal
Youtube - chaîne de QDSMTL
ESKI, créateurs de technologies innovantes
21 balançoires - livingwithourtime.com











